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  Comprendre la situation

Parler d’(in)égalité professionnelle ... Encore

Depuis quelques années, les réflexions sur la construction sociale des différences entre les hommes et les femmes se sont multipliées et renouvelées ; elles traversent la société en requestionnant l’égalité entre les sexes (en droit et en fait). Elles alimentent ainsi le débat et la mise en oeuvre du principe de l’égalité professionnelle dans les champs économique et social.

Sous la pression de mouvements de femmes, la situation des hommes et des femmes est étudiée, analysée, les écarts sont évalués. Une telle mesure permet de montrer une avancée quant à la place des femmes dans notre société et plus particulièrement dans le monde du travail. Ainsi la réussite scolaire des fillesen lien avec l’évolution du droit au savoir et l’ouverture des institutions d’éducation, la constante augmentation des femmes dans la population active, leur accès à des professions socialement valorisées sont sans aucun doute des signes décisifs ouvrant sur une société préoccupée de mixité et d’égalité. Et, aux vues de ces transformations que certain-es considèrent comme progressives et irréversibles, on pourrait penser que la question des discriminations et des inégalités est en passe d’être résolue. Il suffirait alors de laisser faire le temps....

Pourtant, ces évolutions sont plus contrastées qu’il n’y paraît au premier abord.
La spécialisation des filières scolaires persiste, analysée comme reflet ou résultat d’une segmentation voire ségrégation sur le marché de l’emploi qui si elle varie, reste néanmoins une pierre d’achoppement de l’orientation scolaire et professionnelle. Entre 1992 et 2002, plus de la moitié de la croissance de l’emploi des femmes est liée à l’augmentation des effectifs dans dix métiers très féminisés relevant presque tous du groupe des employés. Dans le même temps, l’emploi non qualifié des services (80% de ceux-ci sont exercés par des femmes) s’est largement déployé, se substituant à l’emploi non qualifié de l’industrie.
Si la flexibilité des emplois affecte de plus en plus l’ensemble de la population salariée, il n’empêche que le chômage, la précarité et les emplois à temps partiel touchent plus souvent les femmes que les hommes et creusent toujours plus profondément les écarts entre les hommes et les femmes et aussi entre les femmes de différentes catégories sociales.
Les chances de promotion, de carrière, voire même d’accès aux moyens qui la permettent telle la formation, restent plus limitées pour les femmes que pour les hommes.
Ces discriminations se renforcent selon l’origine, le lieu d’habitation, l’âge, le diplôme et la situation de famille. Elles signent les situations exacerbées de précarité que vivent certaines femmes ; elles perpétuent et renforcent les inégalités entre les femmes et entre les hommes et les femmes qui résultent de mécanismes historiques de formes d’organisation économique et sociale du travail.

Sur les questions d’égalité entre femmes et hommes, on voit donc d’autres analyses converger : si certaines inégalités se sont résorbées d’autres subsistent, voire se renforcent et/ou se reproduisent... L’égalité de droit n’édicte pas l’égalité dans les faits.
La différence des sexes est encore et toujours porteuse de différenciations sociales entre les hommes et les femmes lourdes de conséquences. Ainsi récemment un rapport (dirigé par F. Milewski et remis au ministère chargé de la parité en mars 2005) stipulait combien les inégalités entre les hommes et les femmes dans la sphère privée comme professionnelle « accroissent l’occurrence et le risque » de précarité pour les femmes. « Leur mode d’insertion, spécifique, et le fait qu’elles assument toujours en grande partie la responsabilité d’ articuler tâches professionnelles et tâches familiales les rendent en effet plus fragiles sur le marché du travail ».

C’est dire toute l’importance et l’enjeu que constitue encore aujourd’hui la question de l’égalité professionnelle dans notre société. Une société démocratique peut-elle avoir des perspectives de développement sans reconnaître à part égale l’ensemble de ses composantes ?
Mais comment et avec qui travailler à éliminer les discriminations et inégalités ?

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Comment avancer sur des objectifs d’égalité professionnelle ?

Comment agir en milieu de travail, sur la situation d’emploi et sur le parcours professionnel ?

 L’évolution des aspirations et des droits individuels, les mutations de la famille, le développement des droits politiques et économiques acquis des mouvements sociaux durant le XX° siècle portent les transformations et/ou les exigences de changement dans les rapports entre les femmes et les hommes sur ces différents domaines, sur les différentes sphères d’activités : domestique, économique, politique ...
La lutte contre les stéréotypes, le sexisme, les idées reçues et les pratiques qui enferment les individus et empêchent leur développement au nom de déterminismes biologiques ou de traditions... est un des moyens incontournables.

 Sur le plan professionnel, une piste privilégiée par les lois de 1983 et de 2001 est de faire progresser l’égalité entre les hommes et les femmes à l’intérieur des entreprises. Cette démarche repose sur la comparaison des situations des femmes et des hommes dans leurs lieux de travail et suppose implicitement que les inégalités trouvent principalement leurs origines dans l’entreprise. Les dispositifs juridiques français d’égalité professionnelle érigés ces vingt dernières années offrent des outils aux grandes entreprises privées. Certain-es, sous l’égide d’impulsions gouvernementales, essayeront de traduire ces mesures dans d’autres secteurs tels que le secteur public, le monde associatif, etc. Il n’en reste pas moins que ces mesures politiques et juridiques offrent peu de moyens d’agir sur les inégalités profondes relevant des formes plus globales d’organisation du travail, ainsi par exemple les inégalités salariales.

 Penser la réduction des inégalités sur le marché du travail force donc le regard au-delà de l’entreprise, et plus globalement sur l’organisation du travail. Les questions relatives aux places et aux modes d’insertion sur le marché du travail - qui restent spécifiques aux femmes et aux hommes en fonction des processus de socialisation différenciée - sont des questions décisives à poser en termes de politiques publiques et locales là où et quand celles-ci sont conçues et discutées. Ceci relève de ce qu’on appelle la prise en compte du genre ou encore l’approche intégrée du genre (gender mainstreaming).

Avancer sur des problématiques d’égalité professionnelle est un travail qui appartient à tout type d’acteurs. Il exige d’agir en synergie à l’échelle d’un territoire dans son entier. Aux politiques d’égalité sont étroitement imbriquées les politiques d’emploi et de formation, mais aussi les politiques familiales (qu’on pense aux effets de la prise en charge de la petite enfance), de protections sociales (maladie, vieillesse), de développement des infrastructures (les moyens de la mobilité géographique)...

Pour avancer vers l’égalité de fait, sont visées des transformations sociétales et sociales (ainsi une répartition mixte des rôles et fonctions professionnels). Ce sont celles qui sont ici mises en avant pourtant rien ne sera possible sans changement (inter)individuel.
Par ailleurs, pour dépasser la situation inégalitaire plus haut exposée, il s’agit d’agir sur la situation des femmes comme des hommes, qui sont eux aussi amenés à souffrir de l’enfermement dans des rôles sociaux normatifs et à des places assignées. Pourtant les effets qui affectent les femmes sont plus lourds socialement, aussi nous nous attachons prioritairement à leur situation, sachant que pour construire une société égalitaire, ce sont des rapports de mixité et de respect mutuel qu’il s’agit de décliner ensemble, hommes et femmes.

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