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Les conditions de travail dans la restauration rapide vue par une jeune étudiante.

Harcèlement moral, chantage au licenciement, hyper flexibilité, polyvalence, salaires comprimés ... Corinne, équipière en restauration rapide

Comment êtes vous entrée chez Y. ?

Quand je suis arrivée dans le Nord, j’avais besoin d’argent pour financer mes études car je ne suis pas boursière et mes parents ne me donnaient rien. J’ai cherché dans plein de magasins et seule l’enseigne Y m’a répondu positivement. Ils recrutent souvent car le personnel change sans cesse : les gens ne veulent pas rester ou ils sont virés.

J’ai passé quatre mois chez eux et en quatre mois je n’ai eu aucun samedi et aucun dimanche de libre.
On est payé au SMIC, on a aucune prime et quand on fait des heures supplémentaires, elles ne sont pas comptées comme telles puisque nous ne sommes pas à temps complet.

Quels sont vos horaires ?

La semaine type c’est 17h-21h et beaucoup de 19h-24h, le pire horaire, celui de la fermeture : tu dois tout ranger, balayer et tu restes souvent après, on peut rester jusqu’à une heure du matin et on est pas payé en heures de nuit. Moi je faisais au moins quatre fermetures hebdomadaires alors que je me levais à 6 h30 pour la fac. Je leur en ai parlé, ils m’ont dit qu’il fallait que j’apprenne.
Quand on faisait 17h-21h et qu’à 17h il n’y avait pas de client, ils nous demandaient d’attendre sans pointer. Et si tu oublies de pointer, ils en profitent pour t’enlever des minutes. C’est vraiment payé ric rac. Si tu as une minute de retard, tu te fais engueuler. Par contre, tu peux sortir avec deux heures, trois heures de retard, tu n’as rien à dire. Ils tirent beaucoup sur le fait que les étudiants ont besoin de travailler. Si l’un est viré, un nouveau est là dès le lendemain.

Comment sont gérés les plannings ?

Les plannings sont faits une semaine à l’avance mais les horaires changent sans cesse. Parfois, alors qu’on finissait à huit heures, ils nous disaient : tu fais la fermeture ce soir. Dès le début je me suis fait mal voir à cause de cela : j’avais déjà fait cinq fermetures, ils m’en ont imposé une sixième que j’ai refusée : quand tu as déjà 28 h au lieu de 20 plus les cours... Ils m’ont dit : « On refuse ? Tu refuses de travailler ? T’es une feignante ? »

Quelles tâches deviez vous effectuer ?

On est en caisse et on sert nos clients. Dès qu’il n’y a plus de clients, on va faire un tour en salle avec le balai, on vide les poubelles, on ramasse les plateaux, on lave les tables, on va balayer en cuisine, on fait des frites et de temps en temps on fait les stocks. Il faut toujours faire quelque chose, même s’il n’y a rien à faire, quitte à relaver un mur lavé une heure auparavant.
Il faut surtout être rapide et souriante, il faut être très hypocrite. Au départ, ils sont durs avec nous. Tu dois faire comme si tu étais content qu’on te traite comme un chien.

Vous aviez des responsabilités ?
On n’a pas de responsabilité, ils sont toujours derrière à regarder, surveiller, voir si vraiment on travaille bien, si on ne reste pas ici ou là sans rien faire, ils vérifient tout. Quand il manque de l’argent en caisse, on se fait engueuler et ils menacent de nous le retirer du salaire. Quand il y a trop d’argent en caisse, on se fait aussi engueuler.

Comment est l’ambiance ?

L’ambiance, c’est le plus dur. Les chefs nous traitent comme des chiens. Ils nous tutoient et nous appellent par notre nom de famille. Ce sont d’anciens équipiers qui ont eu la rage quand ils étaient équipiers et qui, quand vient leur tour d’être chef, nous font subir ce qu’ils ont subi.
Au moindre instant d’inactivité, ils vous tombent dessus : « bah fais quelque chose, ne reste pas plantée là. » Il vaut mieux trouver soit même avant qu’eux ne vous donnent des trucs dégueulasses : comme laver et relaver les poubelles ou les extérieurs, dans le froid ou sous la pluie en jupe et chemisette.

A la fin, j’étais dégoûtée de moi-même. Je suis partie parce que je pleurais presque tous les soirs. Mon copain m’a dit : donne ta démission, ça ne sert à rien de rester chez des cons pareils.
Quand j’ai voulu partir, ils m’ont dit que si je ne donnais pas ma démission, ils me feraient craquer, qu’ils s’arrangeraient pour me faire faire une dépression nerveuse. J’ai donné ma démission. Ma semaine de préavis, c’était la dernière de l’année : j’ai dû travailler le jour de Noël et le Jour de l’an.

C’est un petit peu à cause de ce boulot que j’ai raté mon année. J’aurais pu rattraper au deuxième semestre mais j’avais pris trop de retard. Mais cette année, ça va beaucoup mieux. J’ai confiance pour le reste.

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