retour page d'accueil

Certains pensent que je ne suis pas à ma place !

Je suis aide-soignant en gériatrie. Je m’occupe des personnes âgées atteintes de la maladie de Parkinson, d’Alzheimer, des personnes atteintes de démence sénile.
Je travaille à la maison de retraite Marguerite Yourcenar depuis un an, en CDI. Je suis le seul garçon pour 20 aides soignantes

N’est-il pas difficile de se faire accepter des malades femmes et de leurs familles ?
J’aime beaucoup mon métier, c’est le contact avec les personnes âgées qui me plaît le plus, les petits secrets qu’elles me livrent... Mais c’est dur aussi .... Dans ce métier, il faut être bien physiquement et mentalement. Parce que moralement, on fait face à tellement de choses.
Je fais tout mon possible pour passer, réconforter. Un mari m’a dit récemment : « j’aurais préféré que ce soit une femme qui s’occupe de ma femme ». Bon d’accord, je respecte cela mais au bout de 4 mois et demi, ils auraient pu me le dire avant quand même. Avec mes autres collègues, nous nous sommes réunis et avons décidé de mettre une femme mais si tout le monde faisait ça, eh bien m’ont dit mes collègues : « toi tu n’aurais plus de boulot  ! ». Moi je fais tout mon possible pour les résident-es et j’aimerais bien avoir plus de reconnaissance.

Qu’est-ce qui vous a amené à exercer ce métier ?
Mon jeune temps, n’a pas été très facile. Il y a eu beaucoup de violences autour de moi, des choses pas très agréables. Et puis j’ai fait beaucoup de conneries parce que j’étais un peu perdu. J’ai arrêté le collège en quatrième. Je voulais travailler dans la restauration, j’ai fait un contrat d’apprentissage mais quand j’ai été dedans ça ne m’a pas plu du tout.
Je suis reparti dans la galère.
Mon conseiller en Mission Locale m’a proposé une définition de projet professionnel. J’avais quelques idées, c’était soit dans la vente ou être fleuriste parce que je voulais avoir du contact humain. J’ai fait plusieurs stages dans la vente, et je me suis aperçu que le contact humain en vente c’était limité : "bonjour madame, je peux vous aider ?" ou "il vaudrait mieux prendre ça". Après cette formation j’ai encore galéré, je ne faisais rien, je traînais, je sortais avec mes amis, je profitais un petit peu ; j’étais retourné vivre chez ma mère. A cette époque, elle m’a forcé un peu : "retourne en restauration, tu es fait pour ça". Alors pour lui faire plaisir comme elle me prenait la tête, j’ai démarché et j’ai trouvé un emploi sur Paris dans le prêt-à-porter. Ça ne me plaisait pas trop. Peut être ce n’était pas le bon magasin. J’étais souvent seul, c’était des vêtements assez chers.
De retour sur Lille, après une longue hospitalisation, la Mission Locale m’a proposé à nouveau une définition de projet professionnel, une DIP (dynamique d’insertion professionnelle), j’avais un peu les jetons...Et puis la formation s’est très bien passée, j’ai fait des stages en maison de retraite et ça m’a beaucoup plu. Ma formatrice m’a dit qu’il y avait une formation d’auxiliaire qui allait débuter, et je pensais que je n’allais pas réussir comme d’habitude ... en plus j’avais beaucoup de problèmes en français, mais j’y suis arrivé.
Là j’ai commencé à voir le vrai métier d’aide-soignant, je ne vais pas dire qu’ils ne m’ont pas fait de cadeaux, mais j’ai découvert vraiment le métier. Là ils m’ont tout fait voir, les soins, les médicaments, les toilettes mortuaires...
J’ai été garde de nuit, j’ai fait un remplacement d’été, également du bénévolat et en fin de compte j’ai obtenu un CDD en maison de retraite. Depuis j’ai été embauché définitivement.

Comment se passent vos relations avec vos collègues femmes. Avez-vous des perspectives professionnelles aujourd’hui ?
Certaines pensent et me font savoir que je ne suis pas à ma place. Néanmoins, je ne regrette pas ce que j’ai fait. Cependant j’ai envie encore d’évoluer un petit peu plus. Moi là je vous dis c’est un but, je ne sais pas si j’y arriverai, au stade où je suis arrivé, je suis bien content mais je serai capable de reprendre des cours, aller en Fac, passer un D.A.E. U. et rentrer à l’école d’infirmier-es.

Imprimer l'article

 

Fil RSS