retour page d'accueil

Les employées non qualifiées des services

Interview de Nicole Gadrey, sociologue à l’université de Lille I.

La sur-représentation des femmes dans les « emplois non qualifiés » (mais aussi dites-vous dans le temps partiel contraint) est une source d’inégalités croissantes entre les femmes et les hommes.

Qu’entend-on par « emplois non qualifiés » ?
Il y a 20 ans la population concernée par les emplois peu ou non qualifiés était majoritairement ouvrière, masculine et industrielle ; elle est maintenant majoritairement employée, composée de femmes appartenant au secteur tertiaire. Depuis 1994, l’emploi dit non qualifié n’a cessé de croître, dynamisé par les allégements de cotisations sociales pour les bas salaires et les incitations au temps partiel.
Aujourd’hui, les femmes représentent 78% de la catégorie des employés dits non qualifiés. Elles cumulent souvent des conditions d’emploi difficiles : précarité du statut, intensification du travail et faiblesse des rémunérations. Pourtant les employeurs font appel à des compétences notamment relationnelles qui ne parviennent pas à être reconnues au niveau de la classification et du salaire.

Quels sont les profils des femmes qui exercent ce type d’emploi ?
Des femmes de plus en plus souvent titulaires d’un diplôme.
En 2002, 49% des employés non qualifiés étaient des personnes non diplômées (à savoir titulaires du BEPC au plus) ; la moitié de ces personnes a atteint ou dépassé le niveau du CAP ou du BEP.
Elles travaillent dans les secteurs du commerce, de l’hôtellerie restauration, service aux personnes (assistant-e maternel-le, travailleur/se familial/e...)
Elles occupent plus en plus souvent « des emplois à temps partiel ». C’est une banalisation du temps partiel, ces emplois se développent à l’initiative des employeurs et offrent peu de réversibilité. Ils sont couplés avec les horaires décalés, le travail coupé, morcelé.
Par ailleurs un article du monde du 8 décembre précisait alors qu’il présentait un rapport sur les « 
discriminations subies par les femmes issues de l’immigration  » que « sur les 8 professions exercées par les femmes immigrées, sept sont des professions non qualifiées, contre trois pour les françaises ».
(cf P. Roger, Le Monde 8 décembre 2005
Pour plus de précisions, Alternatives économiques http://www.alternatives-economiques.fr/sommaires/s_237.html)

Montage de photos : les employées "à la chaîne"

Comment les mesures législatives et gouvernementales prises en faveur de l’égalité professionnelle prennent-elles en compte cette situation ?
Dans les textes sur l’égalité professionnelle, la question des emplois de service n’est abordée que très marginalement. Par exemple la «  Charte de l’égalité  » publiée en Mars 2004 comporte cinq axes : la parité, l’égalité professionnelle, le respect de la dignité de la personne, l’articulation des temps de vie, la solidarité européenne et internationale. La question de la professionnalisation des emplois de service aux personnes qui sont aujourd’hui en forte expansion et concernent presque exclusivement les femmes n’est pas abordée au titre de l’égalité professionnelle, mais à celui du respect de la dignité de la personne quand il s’agit de l’aide aux personnes âgées et à celui de l’articulation des temps de vie quand il s’agit de la garde des jeunes enfants.

Dans ces secteurs professionnels comment faire reconnaître les compétences déployées dans ces activités ? Comment travailler sur l’égalité professionnelle, alors qu’ils ne sont pas mixtes ?
Les gisements d’emploi souvent évoqués comme principal remède au chômage sont des gisements d’emplois féminins à temps partiel et à bas niveau de salaire. Le plan de cohésion sociale les présente comme « de nouvelles possibilités pour les personnes non qualifiées, une meilleure articulation pour les femmes notamment entre vie personnelle et professionnelle ».
Réfléchir sur l’égalité professionnelle c’est donc aussi s’interroger sur le contenu et les perspectives d’évolution de ces emplois qui dans les conditions actuelles risquent d’enfermer de plus en plus les femmes les moins diplômées dans le sous-emploi et la précarité des revenus et qui ne leur permettent pas de s’intégrer sur le marché du travail à égalité avec les hommes comme le montrent les témoignages.
Des pistes pour permettre des montées en qualification de ces employées, la reconnaissance des compétences déployées dans ces activités et la revalorisation de ces métiers être poursuivies. Il me semble que la ville de Rennes initie un travail qui va dans ce sens.

Imprimer l'article

 

Fil RSS