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Ce n’est pas un métier suffisant pour vivre.

Simone, aide à domicile

Une semaine de travail saucissonnée en douze portions et d’incessants déplacements... Simone parle de son métier d’aide à domicile, un métier dont elle dit elle -même « qu’il n’est pas suffisant pour vivre ».

Comment êtes-vous devenue aide à domicile ?

Avant de me marier, j’étais aide agricole dans l’entreprise de mon père. Quand je me suis mariée, j’ai arrêté de travailler. Puis, je me suis retrouvée séparée, j’avais trois enfants : de 12, 10 et 7 ans.
Après la séparation, j’ai été m’inscrire à l’ANPE. On m’a dit ; il faut sonner aux portes. Il y aura peut-être 90 non et puis un oui. C’était il y a vingt ans. J’ai trouvé des ménages à faire dans des bureaux mais la société a déménagé. Ensuite, j’ai travaillé un peu chez des voisines au noir ... La mère d’une dame chez qui je travaillais avait une aide ménagère. C’est par son intermédiaire que je suis rentrée chez X. J’ai remplacé une personne qui était en maladie et qui est décédée ensuite. J’ai été embauchée.
Au début je travaillais 30 heures. Maintenant je suis à 37 heures jusqu’au samedi midi.

Comment se déroule votre semaine ?

Le lundi matin j’ai une heure chez un monsieur, l’après-midi je fais trois heures de ménage ailleurs. Le soir je fais une heure encore chez un monsieur pour préparer le souper et le déshabiller.
Le mardi je fais trois heures chez le monsieur du lundi matin, l’après-midi je recommence de bonne heure parce que je fais deux maisons de deux heures, dans des appartements. Ensuite, je retourne coucher le monsieur du soir.
Le mercredi je fais trois heures le matin. L’après-midi, trois heures puis une heure chez une autre dame. Cà dépend des mois parce que cette dame a 16 heures par mois et elle veut 16 heures précisément. Donc, quand il n’y a que quatre samedis dans le mois, j’y retourne une heure le mercredi.
Le jeudi je fais 2 heures et demi, l’après-midi, trois heures avant de retourner chez ce monsieur pour préparer le souper et faire une heure de repassage.
Le vendredi je fais une heure chez le monsieur chez qui je vais le lundi et le mardi, puis trois heures de ménage ailleurs et une heure chez un autre monsieur pour préparer son souper, ses cachets, le mettre en pyjama.
Enfin, le samedi matin, je fais trois heures chez la dame du mercredi.

Donc ça fait beaucoup de personnes...

Lundi j’en ai trois. Mardi j’en ai deux, ça fait cinq. Mercredi j’en ai deux, ça fait sept. Jeudi j’en ai deux, ça fait neuf. Dix, onze. C’est ça qui est fatigant. Il faut toujours courir. Même s’il pleut ...
Mais on est bien obligé de travailler. Il faut bien qu’il y ait quelqu’un qui le fasse.

Dans ce métier, qu’est-ce que vous aimez et qu’est-ce que vous aimez moins ?

Ce que j’aime c’est le changement de maison même s’il faut chaque fois s’adapter aux désirs des gens. Par exemple, ici il faut rincer, et là surtout pas.... Ils ont tous des habitudes différentes.
Quand il n’y a qu’une heure, ce n’est pas assez, surtout si c’est loin. Mais quand on fait trois heures, ça va.
Il y a des gens qui sont agréables, il y en a qui le sont moins, mais il faut faire avec. De toute façon, ils sont chez eux, ils font ce qu’ils veulent.

Il y a des personnes pour qui vous travaillez depuis longtemps ?
Il y a une dame pour qui j’ai travaillé pendant dix-huit ans. Elle me faisait confiance, j’avais la clef, je rentrais. Mais à la fin, elle a perdu la tête, elle ne savait même plus si j’étais la femme de ménage, si j’étais sa fille, si j’étais sa belle-sœur. Un jour j’ai sonné à sa porte, j’ai crié dans la boîte aux lettres ... pas de réponse. J’ai sonné chez un voisin qui est passé par derrière. Elle était par terre, elle criait, elle s’était cassée l’épaule....

Et pour ce qui est du salaire ?
Le SMIC. Ce n’est pas beaucoup. On pourrait réclamer. D’autant que maintenant, on nous demande de faire le même travail qu’auparavant mais sur moins d’heures. Il ne faut pas perdre cinq minutes.
Ce n’est pas un métier suffisant pour vivre. Pour une personne qui a des enfants, c’est trop difficile de faire trente-cinq heures. Elle peut faire une vingtaine d’heures, ça donne un petit plus, c’est seulement un métier d’appoint.

Pendant les vingt ans où vous avez fait ce métier, vous avez quelquefois pensé à faire autre chose ?
Non. Et même si j’y avais pensé, ce n’était plus possible, trop difficile. J’avais déjà quarante ans et je n’ai que le certificat d’études.

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