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Mixité : les entreprises qui la pratiquent s’en félicitent

Faire parler les entreprises qui pratiquent la mixité est sans doute la meilleure façon d’inciter les autres à faire de même. Le petit déjeuner de sensibilisation des entreprises du Cambrésis à la mixité et à l’égalité, organisé le 16 juin 2005 par l’AFPA, le MEDEF, l’ANPE Le Cateau-Cambraisis et le CORIF a mis en valeur les entreprises YGNIS et FLORETTE, toutes les deux très satisfaites d’avoir mixé leurs équipes. Ce rendez-vous a également été l’occasion pour les acteurs du bassin de présenter leurs pratiques respectives et de réaffirmer leur souhait de travailler ensemble pour que les choses continuent d’évoluer.

YGNIS : Quand centre de formation et entreprise s’associent pour construire la mixité

L’entreprise Ygnis est rattachée au secteur de la métallurgie et spécialisée dans la fabrication de chaudières de grosse et moyenne puissance. Deux femmes y travaillent désormais en atelier : l’une est soudeuse, l’autre travaille à la fabrication et en finition.
Leur présence doit beaucoup au travail du centre de formation de la branche métallurgie : l’AFPI. Cet organisme, tout comme l’UIMM mène une politique volontaire pour la féminisation des métiers de l’industrie. Des femmes sont sensibilisées aux métiers de la métallurgie, invitées à visiter des entreprises susceptibles d’embaucher, encouragées à y faire des stages. L’AFPI connaissait le besoin de main d’œuvre de l’entreprise Ygnis et leur a proposé d’embaucher une soudeuse.
Il n’est pas aisé de trouver des soudeurs qualifiés aujourd’hui et qui plus est, il est difficile de les garder longtemps. « Sur les treize soudeurs sortis de formation l’année dernière, trois seulement sont restés chez nous car le travail ne manque pas à travers tout le pays ni même au-delà des frontières. Les femmes se déplacent généralement moins, elles resteront plus facilement dans l’entreprise, explique Monsieur Mullier, le responsable de fabrication. » Une première femme a donc fait son entrée dans l’entreprise après un stage et une formation qualifiante. D’abord intérimaire, elle est maintenant embauchée et tout s’est très bien passé. Une seconde femme l’a rejointe récemment et s’occupe des finitions.
Les acteurs témoins

Monsieur Mullier résume : « Leur arrivée dans l’atelier a transformé, amélioré l’atmosphère du travail. Les hommes sont assez durs entre eux par contre ils aident plus facilement les femmes. Et s’ils donnent un coup de main à une femme, pourquoi ne le ferait-il pas pour les autres ? La mixité a temporisé certaines ardeurs et surtout elle a poussé à la solidarité. Les anciens notamment sont très contents de voir de nouvelles têtes, des personnes à qui apprendre et de qui ils apprennent aussi. »
Loin de semer la zizanie dans l’atelier, l’arrivée de ces deux femmes a donc plutôt amélioré l’atmosphère de travail... mais qu’en est-il des coûts liés à l’aménagement des locaux ou des ateliers ?
« Nous n’avons eu aucun coût supplémentaire. Les postes de travail sont de toute façon aménagés pour limiter les charges lourdes. Hommes et femmes sont confrontés à la limite physique et ils échangent leurs astuces. Quant à l’aménagement des locaux, nous avons seulement réservé un vestiaire et des toilettes aux femmes. Si elles étaient trois, il faudrait sans doute aménager vraiment les choses mais ce n’est pas un frein, c’est la moindre des choses. »

L’entreprise Florette : polyvalence et mixité au service de l’égalité

Les centres de formation comme d’ailleurs les entreprises d’intérim peuvent jouer un grand rôle pour la promotion des femmes dans les métiers non traditionnels ou pour accompagner les entreprises dans leurs pratiques de mixité. L’AFPA a ainsi accompagné une autre entreprise du Cambraisis qui joue la carte de la mixité : l’entreprise Florette, implantée à Raillencourt Ste Olle. Spécialisée dans le légume frais prêt à l’emploi et notamment la salade en sachet.
Cette entreprise a ouvert le site de Raillencourt en juillet 2004. L’expérience acquise dans les deux autres usines du groupe avait décidé les recruteurs à construire d’emblée des équipes mixtes. « Jusque là, les femmes avaient souvent été très majoritaires et cela posait parfois des difficultés de management, explique Monsieur Cau Bareille. Le travail est très manuel et répétitif. Il se fait dans le froid, ... Sans mixité pour adoucir, arrondir les rapports, les employées ont tendance à ne pas se faire de cadeau. Nous voulions donc être au plus près du 50/50 »

Maintenir cette exigence de mixité parfaite n’a pas été simple car l’activité de l’entreprise attire plutôt les candidatures féminines. En outre, la durée des journées de travail est très flexible, il fallait donc que les personnes retenues habitent à proximité du site. Pour recruter les 70 opérateurs/trices nécessaires au lancement de l’usine, le service ressources humaines s’est concentré sur la motivation. Les capacités techniques passaient après la résistance à des conditions de travail ardues. « Sur l’ensemble de la procédure de recrutement, les femmes nous sont apparues plus motivées et plus combattantes que les hommes souvent fort touchés, physiquement et psychologiquement par les conditions de chômage dans le secteur. Nous avons embauché 70 personnes dont environ 60 % de femmes. Par la suite nous avons veillé à rééquilibrer le rapport homme/femme et aujourd’hui nous sommes à 50/50. L’ambiance est bonne, on sent une vraie convivialité au sein des équipes. »

Florette est donc une des rares entreprises industrielles de la région à présenter un tel équilibre entre la part des femmes et celle des hommes dans l’entreprise. Mais cela ne serait pas un gage d’égalité si en pratique les femmes étaient astreintes à des « fonctions féminines » et les hommes à des « tâches masculines ». Le fait est qu’hommes et femmes occupent exactement les mêmes types de postes. Ils en occupent même plusieurs puisque le principe clef de l’entreprise, dicté par des exigences d’organisation, est la polyvalence.
« Nous n’avons pas par exemple de cariste à temps plein. Une personne est cariste une ou deux heures par jour puis elle fait autre chose. Les femmes ont donc elles aussi passé leur permis et elles conduisent désormais. Hommes et femmes déchargent les camions, hommes et femmes découpent les salades, hommes et femmes commandent les machines » Le principe de polyvalence gomme les frontières qui séparent habituellement les différents métiers de l’atelier et évite que se reconstitue, même au sein d’équipes mixtes, une répartition sexuée du travail en tâches dites masculines et en tâches dites féminines.

Mixité et conditions de travail

Amélioration de l’ambiance de travail, collaboration renforcée entre tous, meilleurs rendements,... le discours des entreprises qui pratiquent la mixité n’a rien à voir avec celui de celles qui s’en méfient ! Mais la mixité a un autre avantage : elle provoque souvent une amélioration des conditions de travail de tous et s’articule facilement avec les politiques d’ergonomie. Madame Sobczak est médecin du travail pour PSA Peugeot. Elle a expliqué à l’occasion de ce petit-déjeuner de sensibilisation que l’intégration massive de femmes dans l’entreprise avait permis d’accélérer les progrès en matière d’ergonomie.

Enfin, la mixité est aussi une marche vers l’égalité professionnelle comme a pu l’évoquer Madame Sellali, Déléguée Régionale aux Droits des Femmes et à l’Egalité, venue présenter les aides et les mesures mises en place par les pouvoirs publics pour encourager les entreprises à construire l’égalité. L'assemblée

Un travail de longue haleine ... à mener tous ensemble.

A l’issue de ces exposés, un échange s’est établi entre tous les participant/es sur les manières d’agir concrètement au quotidien en faveur de la mixité et de l’égalité. L’AFPA a présenté son travail en faveur d’une orientation qui ne soit plus discriminante ainsi que ses démarches partenariales notamment avec l’ANPE ou le MEDEF. La SOFIP a insisté sur les résultats déjà obtenus : les filles progressent dans le monde industriel et les grandes entreprises s’ouvrent de plus en plus. Le pari d’aujourd’hui, c’est de convaincre les artisans et les petites entreprises de s’ouvrir elles aussi et en nombre à l’emploi des femmes. Dans le bâtiment, Monsieur Leclercq, directeur du GEIQ un groupement d’employeur témoigne de la difficulté qu’il y a encore aujourd’hui à convaincre les employeurs que les femmes peuvent satisfaire à leurs besoins de main d’œuvre même si les choses évoluent et que la présence des femme dans ce secteur croit sans cesse. « Il faudrait sans doute des contrats plus simples et plus légers que le contrat de professionnalisation qui est trop lourd et trop cher... »

Et Monsieur Beslin, représentant des ACM de conclure : « Il faut de la patience. Les choses évoluent mais lentement, il ne faut pas vouloir sauter les étapes. Ce qui est indispensable, c’est un travail en réseau. Nul ne peut travailler seul sur ces questions. .. »

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