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J’étais secrétaire, je suis devenue conductrice de bus

Après quelques années de secrétariat et un début de carrière comme chef d’équipe dans l’agroalimentaire, Marjorie a embrassé le métier de conductrice-receveuse. Formée et embauchée dans le cadre des actions en faveur de la mixité menées par Transpole, elle parle de son métier et de la façon dont elle y a trouvé sa place.

Marjorie, témoin lors du petit déjeuner à la Préfecture J’ai quitté l’école avec un BEP en secrétariat. J’ai travaillé quelques temps comme secrétaire mais ça n’était pas trop mon truc. Grâce à ma belle-sœur, je suis entrée dans une petite usine agroalimentaire de Lens comme ouvrière de production avant de devenir chef d’équipe. Agent de maîtrise pendant sept ans, j’avais sept filles sous mes ordres, je gérais notamment les expéditions dans les différents magasins. Mais l’entreprise n’était pas grande et les possibilités d’évolution étaient restreintes. A trente ans, j’ai jugé qu’il était temps de faire autre chose, j’en avais assez des lumières synthétiques, j’ai commencé à chercher du travail et je suis tombée sur une annonce qui disait que Transpole cherchait à recruter des femmes comme conductrices de bus. J’ai beaucoup réfléchi, pesé les avantages et les inconvénients, j’en ai parlé à mon mari et finalement j’ai posé ma candidature.

Après quelques tests, nous avons fait une journée d’immersion. Ca a été pour moi l’élément déclenchant. Sur le terrain, j’ai vu les clients, découvert le métier, d’autant mieux qu’on est tombé en panne ce jour là ! Ce qui m’a le plus plu, c’est l’indépendance du chauffeur et le contact avec la clientèle. En outre, je n’avais pas peur de conduire le bus, je me sentais tout à fait capable.

Mon mari au début avait un peu peur du risque d’agression. Mais les médias exagèrent le phénomène et il m’a de toute façon toujours laissée libre de mes choix, c’est mon épanouissement qui est en jeu. En plus, Transpole, après un an de travail, nous laisse la possibilité de partir librement. Ma famille m’a dit : « Hé béh, t’as pas peur ! » mais rien de plus. Il est sûr qu’il faut avoir du caractère et il faut être assez ouverte. Quelqu’un de trop timide n’y arrivera pas. Pour être conductrice, il faut avoir un peu de caractère, aimer les gens, avoir la fibre commerciale et savoir gérer le stress vis-à-vis des horaires, de la circulation, des clients. Surtout, il faut être préparée et nous l’avons bien été. Les femmes doivent prévoir une organisation adaptée aux horaires.

Après l’immersion, on passe un entretien de 45 minutes, une rédaction, une visite médicale de pré-embauche et pour finir, un test de conduite sur une camionnette. Si tout va bien, on entre alors en formation pour trois mois et demi à l’AFT-IFTIM de Wasquehal pour préparer le TPM 138
Le passage du permis dure trois jours avec un oral, un écrit, un examen de conduite et un examen de plateau.
Trois semaines après que j’ai obtenu mon permis, Transpole m’a rappelée pour une embauche en CDI. J’ai alors fait quinze jours de formation pour repérer les lignes, les documents à remplir, les différents types de bus, etc....

Enfin arrive le grand jour. Ce jour là j’étais gonflée à bloc. Un ancien vous accompagne, c’est lui qui fait le premier tour puis c’est à vous. Les premiers clients montent, il faut repérer tous les arrêts, la route, gérer la clientèle. Bien sûr, tu fais de petites erreurs, tu oublies la porte ou un arrêt demandé... Le second jour, ça y est vraiment, tu es seule, tu pars avec le bus et tu te débrouilles. J’étais heureuse, je me sentais bien. J’allais doucement d’abord puis peu à peu les automatismes s’installent, tu te vois progresser. Après trois mois, j’étais tout à fait à l’aise.

Depuis, je ne me suis jamais faite agressée. Certes il y a toujours des clients mécontents mais il faut le prendre avec humour, ne pas envenimer les choses, être diplomate. Le fait d’être une femme, ce n’est pas un problème bien au contraire. De temps en temps, il y a des numéros de téléphone qui glissent mais il suffit de décliner poliment. Pour la garde de mes enfants, j’ai la chance d’avoir une très bonne nounou. C’est important car les horaires sont éclatés et dans les premières années, nous sommes auxiliaires et recevons les horaires la veille. Mais pour ce qui me concerne, les horaires éclatés, j’adore ça car ça me permet de faire d’autres choses dans la journée. Vraiment, je me sens très bien dans ce métier.

Aujourd’hui, il y a environ 8 % de conductrices. Nous sommes 45 femmes environ pour 750 à 800 conducteurs. Je n’étais pas la première femme à arriver à ce poste mais il est sûr qu’au départ, il faut s’habituer à un environnement très masculin. Cependant, les hommes nous aident beaucoup, les anciens m’ont expliqué beaucoup de choses. Après ça, c’est un monde de mecs, il y a pas mal d’humour, c’est à toi de te faire respecter.

Dans ce métier, mixer les équipes, c’est un plus. Certains conducteurs, les plus anciens surtout pensent que nous n’avons pas notre place dans ce métier mais nous avons prouvé le contraire et sans devoir nécessairement « faire le mec ». Moi, je suis restée très féminine. Nous sommes aussi capables qu’eux. La présence des femmes fait évoluer leur regard. Beaucoup de clients sont très contents de voir des femmes et nous le disent. Ils nous trouvent plus sociables. Il y avait une culture un peu vieillotte avant, les femmes recrutées ont apporté un peu de fraîcheur, du renouveau et l’ambiance s’en ressent, elle est meilleure.

Ce qui est dommage dans toutes ces questions, c’est qu’on nous demande à 16 ou 17 ans ce qu’on veut faire alors qu’on ne le sait pas. Moi j’ai dit secrétariat sans savoir, et une fois dans le métier j’ai compris que ça ne me plaisait pas. Aujourd’hui, si on demande à ma fille qui a cinq ans ce qu’elle veut faire plus tard, elle répond : « conductrice de bus. »

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