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LE TECHNIQUE M’A TIREE VERS LE HAUT.

Depuis plus de 100 ans, cette entreprise conçoit et fabrique des cardes, machines pour l’industrie textile. Deux cents personnes sont employées, dont 26 femmes. Juliette y travaille depuis 1993 en tant qu’ingénieure chargée de mission. Nous l’avons rencontrée lors d’une journée portes ouvertes au lycée Ozanam de Lille. Quelques temps plus tard, elle nous a raconté son histoire et fait visiter les ateliers de l’entreprise.

Comment êtes vous devenue ingénieure ?

Ça n’a pas été évident pour moi ... l’école. J’étais une grande rêveuse et les premières années de collège ont été des années de galère. Je ne savais pas lire. En quatrième, les profs voulaient que je redouble ou que j’entre en BEP couture ; ma mère a pris la décision de me changer d’école. A ce moment-là les choses ont basculé. Après trois jours d’orientation, les profs se sont rendus compte que j’étais hyper logique, que j’avais une très bonne vue dans l’espace et que j’adorais travailler de mes mains. Ils m’ont aidée et en fin de troisième, j’avais bien rattrapé mon retard. Par exemple, je ne faisais la dictée qu’à moitié ... ainsi mes notes étaient moins catastrophiques et petit à petit je retrouvais du goût pour travailler le français. Ils préconisaient une suite de parcours dans le technique. Ma mère m’a alors emmenée aux portes ouvertes du lycée Ozanam, j’ai tout de suite été intéressée. A l’issue du premier trimestre, j’étais seconde de la classe. Ma mère était très contente ; quant à moi, cela m’a donné envie de travailler le français, je voulais réussir dans ce domaine. Le technique m’a tirée vers le haut.

Avec les garçons, comment cela s’est passé ?

Au lycée Ozanam, nous étions 2 filles dans la classe. En IUT Génie mécanique à Villeneuve d’Ascq, nous étions 3 filles sur 4 classes. Le problème se posait surtout en début d’année, quand il fallait travailler en binôme. Finalement les garçons trouvaient leur intérêt, je rédigeais .. Les mères ou les petites copines du binôme étaient parfois chagrinées, voire jalouses des liens ainsi créés.. Durant toute ma scolarité, j’ai parlé au masculin, j’ai participé aux fêtes, aux sorties, aux week-end, coûte que coûte quelles que soient les blagues et la façon grivoise dont pouvaient tourner certaines soirées. Je faisais partie du groupe, les garçons me taquinaient mais ils me respectaient, j’avais posé mes limites. Bon c’était des trucs de garçon, je n’ai pas paru choquée, je ne me suis pas affolée, je me suis intégrée. C’est vrai que j’évitais les jupes .. mais ça ne m’a pas manqué.

Faut-il posséder des atouts particuliers pour emprunter une telle voie ?

Enfant à la maison, je démontais les réveils, j’ai ouvert les prises de courant dans ma chambre. J’ai toujours aimé faire des inventions, avec deux bouts de fils électriques et une planche, je faisais un avion que je peignais. Petite, vu mes problèmes scolaires, j’ai développé ma mémoire visuelle, alors en math j’écoutais bien le prof et cela me permettait de contourner mes difficultés de lecture. Au lycée, j’étais passionnée par le dessin industriel. J’ai beaucoup discuté avec maman. Elle était fière de moi et avait confiance en moi. Elle et moi savions que je me lançais dans quelque chose de peu classique et difficile, elle n’a pas eu peur, elle y croyait, ça m’a aidée. Mon père était électricien. L’été, je l’aidais. Mais il ne me voyait pas dans l’électricité, c’est un métier difficile et il ne voulait pas que je galère comme lui. Mais il était passionné, je le voyais partir chaque matin heureux de travailler. Il était fier d’être un travailleur manuel. Aujourd’hui, mes chaussures de sécurité sont toujours prêtes et quand je peux aller mettre les mains dans la "graisse", j’y vais avec joie. J’ai effectué mon stage de fin d’étude à l’IUT, au Centre National d’Etudes Spatiales de Toulouse. J’ai eu l’occasion de travailler à Kourou en Guyane au lancement de satellites. Cette expérience et les liens avec mon maître de stage m’ont ouvert bien des portes.

Comment avez-vous été recrutée à ce poste ?

En rentrant de Guyane, je désirais finir mon cursus mais pas de façon classique, j’ai choisi l’alternance, une semaine à l’école, une semaine en entreprise. Le Directeur de chez Thibeau m’a reçue et a accepté que je fasse un essai. J’ai acquis la culture technique générale dont j’avais besoin à l’école d’ingénieur et la culture d’entreprise sur mon lieu de travail avec l’expérience. Avant d’être diplômée j’étais embauchée. Je m’occupe de la gestion de projets, des investissements des machines, des travaux de réimplantation, de la mise en place de service. J’ai, par exemple, travaillé sur le coût d’une machine en fonctionnement, réorganisé le travail de production en modifiant l’agencement des lieux notamment d’expédition etc .. Je collecte et fais partager l’information afin de faciliter les processus de fabrication. Mon côté féminin est important pour mener ce type de travail. J’ai eu de la chance. Et même si quelquefois le machisme de certains hommes transparaît, dans l’ensemble tout se passe bien. A l’atelier, je suis à l’écoute, je considère les ouvriers, reconnais leur travail .. Alors des remarques, des sous-entendus, oui j’en ai, ça fait des années maintenant, je sais répondre et tous on en rit !

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