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Les nerfs valent les muscles

Pouvez-vous me parler de votre parcours de formation ?

D’abord j’ai obtenu le bac mécanique générale comme mon frère. Après, je suis allée au lycée K à D passer un BTS Micromécanique. Je ne l’ai pas obtenu à cause des matières générales. Je n’ai pas voulu le repasser, je n’avais plus droit à la bourse. Au début j’hésitais, je voulais travailler dans le domaine médical mais je ne savais pas s’il fallait aussi faire des études médicales.. J’ai pris micro-mécanique pour relier avec le médical, je voulais fabriquer des appareils pour les personnes handicapées.
Pour le BTS, il est nécessaire de trouver un stage d’un mois en entreprise. Toutes les réponses étaient identiques : "nos locaux ne sont pas disposés à recevoir du personnel féminin".. A croire que c’était une lettre type. Ils répondaient cela même quand il y avait des femmes en photo sur leurs brochures de présentation d’activités. Finalement j’en ai trouvé un chez R.
Pourquoi avoir fait le choix de la mécanique ?
J’adore ça. J’aime l’odeur, ça sent le lubrifiant, j’aime bien. On porte l’odeur du fer, moi ça ne me déplaît pas. Et puis je suis très manuelle. Papa m’a appris beaucoup. Il compte sur moi pour les coups de main dans diverses activités comme le jardinage, la maçonnerie, la menuiserie. J’adore aussi faire des activités plus féminines telles que du crochet, du tricot, j’aimerais faire de la broderie mais je crois que je vais manquer de temps ! Je suis touche à tout. En fait c’est pouvoir créer quelque chose qui m’intéresse.

Après les études, est-ce que ça a été facile de trouver du travail ?

J’ai dû me débrouiller en faisant des petits boulots : tailler des haies, du ramonage, des ménages, des soins aux personnes. J’ai fait durant un an, un contrat dans une maison de retraite. Après l’ANPE m’a proposé un contrat de 3 mois dans le montage de cycle. J’ai été emballeuse conditionneuse dans une maison d’édition. J’étais toujours en contact avec des personnes, je trouvais de quoi faire et puis quelqu’un a parlé pour moi au PDG de la SOCOPA. Je voulais travailler comme tourneuse, être sur les machines, créer. Ils m’ont dit que ce n’était pas possible. Ils m’ont refusée là. C’est peut-être pour cela que je ne supporte pas que les gars qui eux sont sur ce type de poste et se moquent un peu de leur travail ! A mon entrée chez SOCOPA, j’ai fait un contrat de qualification à la SOFIP en productique. Depuis trois ans je suis au service contrôle métrologie. Je suis contente qu’on m’ait donné une chance d’exercer mon métier et de me qualifier. Aujourd’hui j’aimerais progresser dans mon travail, continuer à me former en qualité et donc avoir plus de responsabilités. C’est important pour moi de répondre comme il faut aux exigences des clients et de donner mon avis sur comment faire, mieux faire en production. C’est ça la conscience professionnelle pour moi.
Maintenant le nouveau chef accepte les femmes sur machines dans l’atelier. Ils ont vu que j’étais amenée à aller partout dans les ateliers et que je ne gênais pas les gars alors... Hélène a été embauchée. Elle est venue faire un stage, elle a montré ses compétences et ils l’emploient comme fraiseuse.

Comment cela se passe-t-il entre vous ?

Si j’ai besoin d’un coup de main, pour porter une lourde pièce par exemple, je vais plus facilement vers elle. Ce n’est pas les mêmes relations qu’avec les hommes ; elle ne fait pas le travail de la même manière. Le cerclage de ses pièces sur palette, le nettoyage de son poste de travail, lui paraissent être des choses évidentes à faire et elle les fait .. les hommes pas toujours .. alors elle met les choses au point avec eux.

Pensez-vous faire un métier d’hommes ?

On a des coupures et des salissures sur les mains mais on n’est pas noires comme des mineurs en sortant. Pour mon confort, je ne porte pas de jupes ou de robes au travail. Je suis en jean’s mais ça ne m’empêche pas d’être femme à côté. J’ai moins de force qu’un homme peut-être mais mon médecin dit que je travaille plus avec mes nerfs qu’avec mes muscles et des nerfs j’en ai ! Dans un milieu d’hommes, il ne faut pas faire de chichi ainsi on n’a pas de problèmes ! Ah, bien sûr il ne faut pas s’offusquer des photos dans l’atelier .. mais ces femmes-là, elles y étaient avant nous !

Quels sont vos rapports avec les hommes de l’atelier ?

Certains ouvriers me disent« tu te fais rouler, tu en fais trop ».. Dès le départ j’aurais dû savoir dire non. Ils trouvent que j’en fais trop. Moi je contrôle, ça c’est mon travail mais aussi j’ébavure les pièces quand ce n’est pas fait, je les huile, je les marque, je les emballe pour les expédier, je livre... Je n’ai pas voulu prendre le risque de passer à côté d’une bonne place. Les contacts sont quelquefois plus faciles avec les ouvriers qu’avec les chefs sauf qu’ils ne me prennent pas toujours au sérieux.

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