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Le jardin , c’est beau et on en est fières.

Quoi de neuf au Chenelet ?
Après un contrat CES et un contrat d’avenir, Marie France rejoint l’entreprise SPL. Elle sera la première femme dans l’équipe. Elle est embauchée après avoir effectué un essai (une EMT, évaluation en milieu de travail, pour reprendre le jargon du monde de l’insertion) sur le poste d’affûtage. C’est un travail de précision et soigné. Durant trois mois, Marie France bénéficiera d’une formation à l’interne et dans un premier temps, son temps de travail est partagé, elle est polyvalente aussi occupera-t-elle un poste en conditionnement.

Ceci entraîne inévitablement des changements et des discussions dans l’équipe du Chenelet. La veille de son départ, nous avons rencontré Marie France avec deux de ses collègues : Alexandrie et Douda.
Ont-elles, elles aussi, envie de rejoindre SPL ? Comment ont-elles été recrutées au Chenelet ? Comment s’est passée leur intégration parmi les hommes ?

« On travaille dans le maraîchage depuis novembre 2004. Nous sommes arrivées dans le vent et la neige et on a fait le ramassage des carottes « pourries » ; ça nous a choqué. On en avait marre mais il fallait bien commencer par quelque chose..
Aujourd’hui dit Alexandrie, ça me plaît. Je travaille dehors, je communique avec des personnes agréables, le travail est agréable. J’aime bien !
Moi aussi, disent Douda et Marie France.
Douda précise : « je fais des livraisons de paniers les vendredis la première. J’aime être dehors mais aussi le contact. Quand on dépose les paniers certains adhérents nous disent leur satisfaction. »
« Je suis allée souvent au bois et j’ai aussi fait des briques bios », rajoute Marie France.

C’est lourd mais on s’amuse bien !
Bien sûr on est souvent accroupies ; moi je me mets à genoux, les filles m’ont aidée plus d’une fois à me relever mais malgré tout ça c’est agréable comme boulot.
Toutes les trois de s’accorder pour dire que s’« il y’a des activités dures surtout l’hiver, l’été dans le jardin c’est agréable.
Le plus intéressant c’est de voir combien ça pousse quand on a semé. On va à la serre après 3 ou 4 jours, et c’est beau ! Quand les gens visitent ils complimentent, ils disent que c’est beau ; on est fières. »
« C’est presqu’un jeu de dénicher les carottes ou les pommes de terre. Et puis ici on passe une bonne journée, on décompresse. Je m’évade par rapport à chez moi, explique Alexandrie,c’est pour cela que je veux travailler dehors. Dehors on évacue les problèmes. Ici c’est calme et reposant, on entend les oiseaux.
Quand on rentre tout le monde dort dans le camion », toutes les trois rient en rajoutant : « Ça fait de longues journées ! »

Alexandrie et Marie France viennent de Longuenesse et Arques. Une camionnette du Chenelet vient les chercher à la Mission Locale de St Omer, l’une et l’autre arrive en bus ou après une heure de marche. Douda vient de Calais, deux bus jusque St Inglevert et là une camionnette du Chenelet passe la prendre !

« En plus, ça se passe bien, il y a une bonne entente.
A la production il y a 18 hommes et trois femmes et elles sont plus autoritaires que les hommes .. c’est qu’il faut avoir du caractère pour se faire accepter. On donne des ordres mais ce n’est pas méchant. Quand on a besoin d’un coup de main pour porter les caisses trop lourdes, ils viennent. Il faut bien s’entraider, ils savent bien qu’au bout d’une journée on n’en peut plus de porter. C’est lourd les caisses font une trentaine de kilos. »

« Maintenant on ne va plus être que 2 femmes ; ça va faire drôle. »

Ramassage des brocolis

Trois femmes, trois trajectoires
Un seul avis :
j’aurais jamais pensé faire du maraîchage avant de le faire !

Marie France
Je suis toute seule. A 14 ans j’ai travaillé en filature puis j’ai fait du bavurage de pièces métalliques. Ensuite j’ai passé un diplôme de peintre solier, j’ai jamais trouvé d’emploi, fallait de l’expérience soi-disant : j’ai passé mon diplôme pour rien ! J’ai conditionné de la viande puis j’ai vendu de la viande et après du parfum. Je n’aime pas les métiers de femmes !
Ma mère est décédée je m’en suis occupée pendant 7 ans. Je n’avais rien, je suis allée voir le PLIE, on m’a envoyée ici, j’étais intéressée. Au début j’aurais fait n’importe quoi. J’ai fait du maraîchage et j’ai aimé. Il faut dire qu’avec le père je faisais le jardinage quand j’étais jeune !
On a visité avant de venir, on se demandait quoi .. de la ville passer à la campagne ça fait drôle !
Aujourd’hui, c’est mon dernier jour à Chenelet, Mercredi je commence chez SPL.
Je voulais retourner dans la vente mais c’est pas recommandé pour l’instant, y’a pas trop d’emploi. On m’a proposé SPL j’ai pris tout de suite et ça me plaît bien. J’ai fait un essai. Les gars m’ont demandé quand je revenais ! Le métier est intéressant et quand il y aura plus de femmes ça ira encore mieux.
Je vais travailler en menuiserie. Au début, alors que je faisais mon essai, dans une nouvelle équipe et que des hommes ce n’est pas évident... Je n’osais pas mangé à la gamelle et puis au bout du 3° jour ça allait déjà mieux. Eh, j’ai élevé 7 garçons à la maison !

Douda
 : J’ai un diplôme en confection. J’ai travaillé dans la confection d’uniformes militaires et de gendarmes. J’ai été licenciée. Il fallait que je me remette au travail, il fallait que je m’en sorte ne pas sombrer dans la dépression. J’ai fait des intérims ; je travaillais dans le transport en import export. Je faisais de la manutention, je déplaçais les véhicules sur le parc automobiles et je déchargeais les camions. Après j’ai trouvé ici.
Maintenant j’aimerais bien aussi travaillé chez SPL mais moi j’ai passé le concours d’ambulancière et je l’ai obtenu. Je démarre une formation de trois mois à Lille en septembre pour obtenir mon CCA. C’est la première fois que je passais un concours et je l’ai obtenu !

Alexandrie. Moi je reste dans mon jardin. J’aurais aimé faire de l’horticulture mais il n’y a pas de débouchés alors je continue le maraîchage.
C’est mon premier travail. Avant j’ai élevé mes enfants qui ont aujourd’hui 5 et 6 ans.
Le problème est que dans le maraîchage les employeurs prennent des hommes ou des jeunes en apprentissage. Je suis une femme et je veux travailler pas seulement en tant que saisonnière ...alors ?! Enfin ici j’ai une première expérience professionnelle.
Moi aussi j’ai visité chez SPL, mais c’est trop bruyant et les machines sont dangereuses, c’est un travail d’hommes d’ailleurs y’avait que des hommes. Moi je ne voudrai pas y aller travailler.

Si vous aviez un conseil pour les autres femmes :
« Faut qu’elles s’essayent, sinon on ne sait pas dire. C’est dur mais tant qu’on n’a pas essayé on ne peut pas dire. Dans un monde d’hommes, les femmes ont leur place, si elles réussissent les tests de capacité . Bien sûr ce n’est pas facile. Mais plus ça va venir, plus les femmes vont intégrer les métiers d’hommes. Chez SPL ils ont été contents les hommes : quand je suis arrivée ils ont dit : « ah ça y est, ils se sont quand même décidé à nous mettre des femmes ! Ce serait bien qu’il y en ait plus de femmes surtout que franchement sur certains postes c’est pas difficile. »

Alors c’est vrai, c’est sale, de la terre on en a plein les mains, les habits les chaussures mais c’est sain, c’est naturel. On lave ... ça part ! »

Rencontre du 30 Janvier 2006

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