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Convaincre les entreprises autour d’un petit déjeuner à Lille

Le 8 juillet 2005 dans les salons de la Préfecture à Lille, entreprises et acteurs institutionnels se sont rassemblés à l’initiative du CORIF et avec le concours des services de la préfecture et de la Délégation Régionale aux Droits des Femmes et à l’Egalité pour évoquer ensemble les pratiques de mixité et d’égalité professionnelle dans les entreprises de la région.
Financé par la Délégation Régionale du Travail de l’Emploi et de la Formation Professionnelle et par le FSE, ce petit déjeuner, troisième d’une série commencée à Arras et Cambrai, a mis en évidence les avantages qu’offre aux entreprises et au personnel la pratique de la mixité. Il a également permis à chacun de comprendre que mixité et égalité ne se recouvrent pas. Réaliser l’égalité professionnelle est un travail de longue haleine qui passe notamment par l’analyse de nos représentations et des mécanismes discriminatoires à l’œuvre dans notre économie. Des pistes d’actions concrètes, des modes opératoires, des aides ont été présentées aux entreprises et tous les acteurs ont pu réaffirmer et affiner leur volonté de travailler ensemble et durablement en faveur d’une évolution sociale où nous avons tout à gagner.

En ouvrant la réunion, Monsieur Aribaud Préfet de Région a évoqué ces nombreuses réunions où les questions de société se traitent quasiment entre hommes car les femmes élues, cadres ou haut-fonctionnaires sont très minoritaires. Il a souligné à la fois l’ampleur et l’importance du chantier dans lequel sont engagés les promoteurs de l’égalité professionnelle. « Nous avons effectivement plein de verrous à lever et j’espère que ce petit-déjeuner sera une occasion pour celles et ceux et qui ont su lever ces verrous dans leur entreprise ou leur organisation de faire passer le message et de donner des idées à d’autres pour qu’inlassablement nous construisions une société qui écarte toute discrimination liée au sexe de nos concitoyens. »

Le Service Public de l’Emploi, un travail au quotidien


Composé de la DRTEFP, de l’AFPA et de l’ANPE, le Service Public pour l’Emploi travaille quotidiennement à la promotion de la mixité et de l’égalité dans chaque bassin d’emploi.
Mme Balmès, Directrice Régionale du Travail et de la Formation professionnelle est une des rares femmes qui siègent au comité régional de l’Etat en Région. Elle a rappelé aux participants que « dans notre région, la part des femmes dans l’emploi est nettement inférieure à la moyenne nationale et tout à fait insuffisante. » Pour agir contre cet état de fait, elle voit dans la conciliation de la vie professionnelle et de la vie familiale un levier incontournable et décisif. La difficulté de concilier les temps de vie est, selon elle, un des seuls vrais obstacles à la réussite professionnelle des femmes.

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M. Caron de l’afpa, Mme Kaiser de l’ ILEP et M. Aribault, Préfet de Région

M. Caron, Directeur Régional de l’AFPA a rapidement présenté le plan égalité de l’AFPA. En tant qu’employeur de 900 personnes , l’AFPA a négocié avec les partenaires sociaux un plan d’action qui est actuellement mis en œuvre. Un guide de l’égalité professionnelle a été diffusé dans le réseau AFPA, un travail de sensibilisation des managers « qui en ont parfois bien besoin  » a été engagé. « Quand je suis arrivé à la Direction Régionale, aucun centre AFPA n’était dirigé par une femme. Aujourd’hui, nous en sommes à trois. Certes il y a encore beaucoup à faire mais nous n’avancerons pas sans agir aussi sur les mécanismes qui font l’inégalité : travailler à la conciliation des temps de vie, développer un accès équitable à la formation, faciliter la mobilité professionnelle, ... »
Dans son travail avec les entreprises et les demandeuses d’emploi, l’AFPA est engagée dans un programme pour diversifier l’orientation professionnelle des femmes et convaincre les entreprises de leur ouvrir leurs portes. Le fait est que les centres de formation, dans la mesure où ils connaissent bien les entreprises et sont en situation d’intermédiaire, ont un rôle clef à jouer pour la promotion de la place des femmes dans tous les métiers. Pour obtenir des résultats fiables et durables, le travail partenarial est incontournable. Monsieur Caron a notamment souligné sur ce point, le rôle très important que jouaient ou pouvaient jouer en la matière les entreprises de travail temporaire.

L’ANPE est également dans une position stratégique au sein du monde socio-économique. Elle accompagne souvent les opérations de recrutement des entreprises. « Placer une femme dans un emploi traditionnellement masculin, cela ne va pas de soi, même quand la compétence est avérée, a expliqué Mme Dhondt de la Direction Régionale de l’ANPE. Il faut donc faire des opérations spécifiques que nos organisons souvent avec l’AFPA. Les femmes sont brillantes en formation, elles sont obstinées, concrètes, compétentes. Mais la compétence ne suffit pas. Pour pouvoir accompagner efficacement ces femmes, nous montons des parcours, définis à partir de besoins existants dans les entreprises depuis l’orientation jusqu’à l’embauche en passant par la formation. Nous montons aussi des opérations de recrutement avec les entreprises. Nous l’avons fait par exemple dans l’automobile ou avec l’entreprise Transpole. »
Mme Dhondt a évoqué le développement récent de la Méthode de Recrutement par Simulation. Cette méthode basée sur des exercices définis à partir des exigences du poste, permet de surmonter les freins liés aux représentations habituelles, aux diplômes ou à l’apparence des individus. Le maintien dans l’entreprise des personnes recrutées à partir de cette méthode est d’environ 90 %.

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Madame Dhont - Direction régionale de l’Anpe

Des entreprises témoignent ...

Caroline Honoré a présenté en compagnie de Madame Pannier, conductrice venue témoigner, l’action de recrutement de 45 conductrices receveuses que Transpole a mené ces dernières années en partenariat avec la DRDFE. Elle a notamment insisté sur la sensibilisation des demandeuses d’emploi aux métiers du transport qui est un travail de longue haleine.
Le sentiment de compétence des femmes est en effet un point crucial. Il est indispensable que les femmes triomphent des représentations anciennes qui les dissuadent de prétendre à certaines fonctions car elles ont intériorisé une position d’infériorité et qu’elles manquent de confiance en elles. Sur ce sujet, Madame Tillieux a présenté le travail de l’association Créneaux dont elle est la présidente. Créneaux a notamment accompagné les femmes recrutées par Logista sur des postes d’agentes de maintenance et dépannage multiservices. Cette mise en réseau de femmes qui se soutiennent mutuellement et partagent leurs difficultés autant que leurs réussites est une démarche encore rare mais très féconde. Elle facilite en tous les cas beaucoup la réussite des parcours professionnels

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Quelques témoins

Patrick Vandamme est directeur des ressources humaines et de la production de l’usine Triselec à Halluin, leader européen du tri des déchets bien qu’elle ne recrute que des personnes en grande difficulté sociale. Des outils de formation novateurs, une volonté déterminée de donner à tous les mêmes possibilités d’épanouissement, l’individualisation des parcours, ... font de Triselec un exemple rare de conciliation réussie entre performance économique et responsabilité sociale. La part des femmes y est équilibrée à tous les niveaux y compris dans l’encadrement. Selon toute vraisemblance, l’entreprise pourrait d’ailleurs être dirigée par une femme dans les années à venir.

De la mixité à l’égalité ...

La mixité est donc en progression. Les entreprises sont de plus en plus au fait de ses avantages. Pourtant la mixité ne suffit pas à réaliser l’égalité professionnelle entre hommes et femmes. Au-delà de l’égalité statistique, il faut décortiquer la place respective des hommes et des femmes à toutes les étages de l’entreprise et notamment dans l’encadrement, examiner les réalités à la loupe en matière de rémunération, de conditions de travail, d’accès à la formation...Sylvie Dufour, militante CFDT a apporté un exemple des informations que peut donner un rapport de situation comparée en évoquant le travail engagé par le Crédit Agricole dont elle a présidé la commission d’égalité professionnelle. Son échange avec Madame Fauquembergues qui représentait la direction a montré que la négociation était l’incontournable moteur de l’égalité professionnelle. Il ne s’agit pas simplement de pointer des réalités, il faut que partenaires sociaux et direction s’accordent sur l’interprétation à en faire et le mode opératoire à mettre en oeuvre. Négocier sur l’égalité professionnelle est un travail partenarial qui demande que le dialogue ait raison des passions, c’est là une tâche ardue mais très féconde.
Au Crédit Agricole, les femmes représentent 47 % des effectifs mais elles n’occupent que 18 % des postes d’encadrement et sont totalement absentes des cadres de direction. Elles sont largement majoritaires parmi les employé/es en CDD et si les écarts de rémunération diminuent ils varient encore de 5 à 19 % selon les catégories. Sylvie Dufour a évoqué les difficultés qu’il y a à mettre en oeuvre des négociations sur la question même si un accord national sur l’égalité a été signé par la Fédération Nationale du Crédit Agricole qui doit être maintenant décliné par les caisses régionales. Maddy Fauquembergues chargée du dossier au service Ressources Humaines a quant à elle insisté sur le travail déjà mené en terme d’analyse et de réflexion et sur l’indispensable mobilisation des managers dont certains, héritiers des représentations traditionnelles du monde de la banque, ne sont pas toujours très réceptifs. « Nous avons encore une large marge de manœuvre mais notre souhait d’avancer est réel. Le Crédit Agricole ne veut pas être une entreprise où la mixité ne soit qu’un chiffre, nous voulons la décliner effectivement à tous les niveaux. »

Pour mener à bien leurs démarches en matière d’égalité,les entreprises peuvent s’appuyer sur divers partenaires institutionnels et sur des dispositifs d’aides que Madame Sellali a présenté rapidement, en espérant que les pratiques présentées essaiment dans de nombreuses organisations et que la motivation de tous ne faiblisse pas. L’égalité professionnelle se construit pas à pas, évidemment dans les entreprises qui ont tout à y gagner, mais aussi à l’école et dans les familles dont les participants ont souligné la responsabilité en matière de représentations et d’éducation.
« L’égalité professionnelle commence dès le plus jeune âge et notamment dans la répartition des tâches ménagères » a conclu Madame Gorisse de l’entreprise Manubob. C’est bel et bien les regards souvent figés et stéréotypés que nous posons sur les questions de genre et les rapports entre hommes et femmes qui sont en jeu dans cette affaire. En ouvrant la réunion, Monsieur Aribaud Préfet de Région a évoqué ces nombreuses réunions où les questions de société se traitent quasiment entre hommes car les femmes élues, cadres ou haut-fonctionnaires sont très minoritaires. Il a souligné à la fois l’ampleur et l’importance du chantier dans lequel sont engagés les promoteurs de l’égalité professionnelle. « Nous avons effectivement plein de verrous à lever et j’espère que ce petit-déjeuner sera une occasion pour celles et ceux et qui ont su lever ces verrous dans leur entreprise ou leur organisation de faire passer le message et de donner des idées à d’autres pour qu’inlassablement nous construisions une société qui écarte toute discrimination liée au sexe de nos concitoyens. »

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