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Ripper peut-il se conjuguer au féminin ?

Dans sa lettre d’infos de Juillet 2005, le réseau des recycleries et ressourceries affiche un effectif salarié de 400 personnes dont 36% de femmes et ce alors que le secteur d’activité de la collecte et du traitement des déchets attire traditionnellement plus d’hommes que de femmes (en 1998 on comptait 15% de femmes).
Quelle place des associations d’insertion dans ce secteur en région réserve-elles aux femmes ? Une réponse chez Récup-Tri à Boulogne.

L’association compte à l’heure actuelle 7 femmes pour 60 personnes. Et Monsieur Lecaille, son directeur, affiche sa volonté d’en recruter davantage. Mais très peu postulent sur des activités de tri et de collecte que ce soit de papier de cartons ou de verre.
Les activités en ressourcerie sont diversifiées, aussi les premiers jours de travail, à l’arrivée on demande ce que le nouveau ou la nouvelle salarié-e veut faire et en général les femmes comme les hommes tournent, s’essayent et dès lors des postulant-es se rendent vite comptent qu’ils ou elles ont du mal à tenir en atelier. En général, les salariées ne rencontrent pas de souci pour le port de charge.
« On n’a pas voulu faire de privilège » dit M Lecaille pour les femmes. « Cela a réussi, les premières avaient du caractère, ça a bien marché et elles ont donné le ton...
La mixité ça change les mentalités, les hommes ne peuvent plus penser être les seuls à pouvoir faire et les seuls à bien faire. Face à ce constat les prétentions machistes baissent pavillon.
(..) Pour permettre à d’autres femmes de rejoindre l’équipe et de travailler dans ce secteur, on essaye de démystifier le métier. »
La question se poserait-elle différemment pour les femmes et les hommes ?
« La collecte se fait dans les quartiers et on peut comprendre qu’elles n’aient pas envie d’être remarquées, question de dignité .. Tandis que pour les hommes, le costume marque le statut de l’emploi et ainsi les valorise dans leur quartier ! »

Nous avons rencontré Jeanne, elle nous explique son parcours et ce qui l’a amenée à postuler et travailler à Récup’Tri.
J’avais travaillé dans une usine et après j’ai gardé ma grand-mère puis une personne âgée au noir. J’ai fait le ménage dans une chevalerie, j’ai nettoyé les écuries, j’aimais bien. Aujourd’hui mon mari attend sa réponse pour la Cotorep.
Même si c’est sale ou pas sale, je n’ai pas peur de travailler, de mettre mes mains dans n’importe quoi, une fois que je gagne même si c’est peu. Bien sûr, ici c’est pas joli à voir mais ça ne me déplaît pas.
J’ai été chauffeure de camion, j’ai ramassé le verre par moments. J’ai fait le tri, quelquefois le carton. Aujourd’hui je suis chauffeure pour cartons. Je préfère le carton, on bouge un peu plus qu’au tri papiers. Bon c’est vrai les cartons c’est un peu plus lourds, souvent ils sont grands ! Ici y’a jamais rien qui m’a déplu. Avec les hommes ça s’est toujours bien passé. Impeccable y’a jamais eu personne qui m’a provoquée sur quoi que ce soit. Y’a toujours une bonne entente, je n’ai jamais eu à me plaindre.
Du moment que je ramène un peu d’argent. C’est à mes enfants que je pense, je me prive toujours pour eux, il y a encore l’école à payer.

Jeanne a-t-elle des perspectives d’avenir ?
Ça m’a bien plu de travailler ici pendant 4 ans. J’aurais bien voulu continuer.
J’ai rendez-vous à l’ANPE après je vais voir peut-être je vais repartir faire du ménage ? auprès des personnes âgées ? J’aimerais bien faire le ménage mais quand on a déjà fait le nôtre ... Tout sauf le poisson, je suis allergique. Mais comme j’adore conduire j’aimerais bien livrer à domicile ou alors aider les gens à se déplacer (les personnes âgées ou handicapées par exemple).

Autour des mêmes questions, nous avons discuté aussi avec Christiane
J’ai travaillé là parce que depuis un an mon mari recherche du travail et n’en trouve pas. J’ai toujours élevé mes gosses, mes neveux aussi .. mais tout ça ne dure qu’un temps. L’égalité c’est ça pas toujours les mêmes enfermés et puis maintenant les enfants sont grands !
J’ai eu un contrat d’avenir de deux ans, je suis venue le chercher moi-même ici. Mon mari et ma sœur avaient déjà travaillé chez Recup’tri, alors je savais.
Ici on trie le papier. C’est du papier propre en général car quelquefois dans les entreprises ils mettent trop de saleté dans leurs poubelles. Ce sont les hommes qui travaillent au ramassage, ripper c‘est difficile. Chaque chose en son temps, je le ferai peut-être plus tard.
Le carton et le verre c’est un travail d’homme, enfin j’aimerais essayer, y’a pas de sot métier dans la vie. De nos jours, on est obligé de prendre ce qui vient. Ils évitent de nous faire ripper ici, c’est difficile mais bon on le fait on ne s’en plaint pas. Et puis un jour à l’intérieur, un jour dehors ! J’attends il faut passer des tests d’aptitude avec les encadrants. Ils font passer les hommes avant. Bon vaut mieux conduire au printemps qu’en hiver. Sinon c’est agréable, j’ai déjà conduit un camion, c’est mieux qu’une auto.
Avec les hommes, au début on apprend à se connaître. Chacun son tour on fait le café. Ils sont faciles, ils ont l’esprit ouvert.
Il y a trois femmes avec moi, on est de cultures différentes, y’en a qui ont travaillé dans le poisson une autre qui a tenu un café, alors on discute, avec les hommes aussi il y a un carreleur, français ou pas on discute de tout ça. A la pause, on échange, c’est agréable.
A recup Tri ce qui est bien, ils prennent des personnes démoralisées même si elles ont 40 ans et qu’ailleurs on dit qu’elles sont trop vieilles ! A’heure actuelle, les emplois ça ne court pas. Des entreprises comme ici c’est rare.

Des perspectives d’avenir ?
L’avenir c’est ce qu’on est entrain de faire, sinon on ne sait jamais de trop, on se contente de ce qu’on a. Un métier que j’aurais bien aimé faire ? Moi j’aime bien faire aussi c’est la menuiserie, j’ai hérité ça de mon grand père ou alors maçonnerie. Bâtir une maison .. dans ma famille, y’a eu beaucoup de maçons et en les suivant j’ai appris.

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