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« Travail au Féminin »

Une action menée en 2009 et 2010 sur les territoires de Béthune / Bruay / Lens par l’association d’Education Populaire Travail et Culture.

Travail et Culture est une association d’éducation populaire qui développe et diffuse des projets artistiques et culturels sur la question du travail, en région Nord/Pas-de-Calais. Elle fonde son action sur la conviction que toute personne est détentrice d’une culture et que le travail est une culture. Son objectif est d’aider le monde du travail à affronter les mutations culturelles qui le transforment. Elle s’emploie à produire des oeuvres artistiques, conjointement mûries entre salariés et artistes, avec le concours des acteurs collectifs du monde du travail (syndicats, comités d’entreprise, comités de chômeurs, associations, etc.). L’association s’efforce ainsi de favoriser les pratiques culturelles et l’expression critique des hommes et des femmes sur et en dehors de leurs lieux de travail.

BASES DU PROJET

Si le XXe siècle est une étape décisive, bien que relative, dans l’émergence puis la reconnaissance des droits des femmes dans la société (droit de vote, inscription à l’université, etc) l’évolution de leur statut et leur place dans le monde du travail reste, encore aujourd’hui, beaucoup plus problématique et cela malgré le vote des lois successives sur l’égalité professionnelle.

En effet, des lois ont été votées proclamant l’égalité de rémunération entre les femmes et les hommes (1972) et l’égalité professionnelle (1983), une circulaire préconise la féminisation des termes de métiers, grades et fonctions (1986) et une politique volontariste est menée pour supprimer les discriminations dont sont encore victimes les femmes au travail.

Malgré ce cadre législatif et la forte croissance du taux d’activité des femmes depuis le début des années 60 (43% en 2000 contre 30% en 1960), les conditions d’emploi et les conditions d’insertion sur le marché du travail restent très problématiques pour une écrasante majorité de femmes encore aujourd’hui :

Le recours massif au temps partiel contraint pour le travail féminin depuis les années 1980, pensé en France comme « un remède au chômage » (31% des femmes qui ont un emploi travaillent à temps partiel contre seulement 5% des hommes) participe à la précarisation des emplois féminins (dans certains secteurs, le temps partiel contraint est même devenu une forme permanente de gestion de la main d’œuvre)

Les femmes sont surexposées au chômage et sur des durées beaucoup plus longues que les hommes. Cela s’accompagne d’une invisibilité sociale qui renvoie elle-même à un phénomène plus profond : la tolérance au chômage féminin (Margaret Maruani). L’idée implicite qui émane de ce phénomène sous-tend que le salaire de la femme reste un salaire d’appoint pour le ménage.

La division sexuelle du travail (temps libre, temps sociaux, etc)

L’action pour l’égalité professionnelle ne se limite pas aux situations matérielles (rémunérations, classifications, organisation du travail, etc.), elle doit aussi porter sur les représentations culturelles. Comment concilier vie au travail et vie familiale dans un contexte de crise du travail qui précarise et fragilise de plus en plus les modes de vie des femmes ? Comment l’intervention artistique et l’action culturelle peuvent-elles être des vecteurs de re-socialisation des enjeux du travail au féminin (égalité professionnelle, reconnaissance, diversification des emplois féminins, lutte contre les discriminations, etc...) ? Ces actions de symbolisation peuvent-elles contribuer à la mise en visibilité de nouvelles alternatives ?

Les principaux indicateurs disponibles sur l’emploi des femmes en Nord Pas de Calais révèlent des situations plus dégradées que sur le plan national. L’INSEE a publié en mars 2008 une note de synthèse sur la situation des femmes face à l’emploi. Les chiffres sont éloquents :

—> En 2005, date des dernières enquêtes de recensement, le taux d’activité des femmes est inférieur à la moyenne nationale (43,8% contre 48,7%). L’indice indique 18 points de moins que celui des hommes, soit l’écart le plus élevé du pays.

— > A peine 50% de la population active féminine est employée dans la région.

— > Les femmes ne représentent que 10% des cadres de la région.

— > En 2005 selon l’INSEE, la rémunération mensuelle nette moyenne d’un homme atteint 1816 €, contre 1527 € pour une femme.

— > 27 % des femmes salariées gagnent moins de 958 € nets par mois.

— > Les maternités précoces et les familles monoparentales sont plus nombreuses qu’au niveau national, ce qui accentue les difficultés d’accès ou de reprise d’emploi.

— > 80% des titulaires du SMIC dans la région NPDC sont des femmes.

— > Le temps partiel contraint y est plus important qu’au plan national (34,5% contre 30% au niveau national en 1999, derniers chiffres disponibles). Le contrat à temps partiel est très majoritairement occupé par des femmes, il atteint ainsi 83%.

La démarche :

Le projet « Travail au Féminin » est une action protéiforme mobilisant tant les sciences sociales que la création et la diffusion artistique. En effet, nous mobilisons toujours dans le cours de nos projets des compétences transversales que ce soit des chercheurs, des artistes ou des professionnels spécialistes de la thématique. Ici, nous avons convoqué une sociologue (Stéphanie Pryen), une photographe (Marie-Noëlle Boutin) et un graphiste (Gérard Paris-Clavel). Ce projet se déclinera sous forme d’actions différentes toutes articulées entre elles : production d’entretiens, travail photographique et graphique, réalisation d’un journal, soirées publiques sur la thématique des femmes au travail, etc. L’ensemble fera l’objet d’une voire plusieurs formes de restitutions, nous pensons à un affichage public, une édition ou une petite forme théâtrale.

En travaillant avec trois collectifs de femmes, la sociologue, le graphiste social et la photographe vont aller à la rencontre de leurs existences, écouter, recueillir leurs paroles, échanger avec ces femmes et co-construire avec elles ou à partir de leurs expériences différentes formes d’expressions et de représentations du travail au féminin, en produisant différentes interventions publiques sur la place du travail dans la vie des femmes.

Ces trois groupes de femmes, issues de l’agglomération de Béthune, de Bruay-la-Buissière et de Lens, vivent des situations très diverses, de part leurs âges, leurs conditions et leurs expériences de travail :

Un groupe de jeunes femmes de moins de 25 ans ayant peu ou pas d’expérience de travail, en recherche d’emploi ou ayant vécu une première expérience de travail difficile (précarité d’emploi, temps partiel subi, promesses d’embauche, discriminations, etc.). Notre interrogation se tourne vers l’appropriation des codes du monde du travail devant des jeunes femmes qui ne décèlent pas encore tous les logiciels propres au fonctionnement du marché du travail. Comment peuvent-elles se défendre et réussir à se situer dans un environnement professionnel de plus en plus complexe et divisé. Ce groupe sera constitué de concert avec le foyer de jeunes travailleurs de Bruay-la-Buissière.

Un groupe de salariées provenant des entreprises de l’agglomération de Béthune.
Des femmes auxiliaires de vie, ayant travaillé dans des maisons de retraite, et exerçant actuellement à domicile (par l’intermédiaire du SIVOM de Béthune), pourront partager des expériences qui permettent d’analyser la qualité du rapport soignant/soigné et le décalage des moyens mobilisés pour tenter d’exercer correctement et décemment leur travail. Nous travaillons également avec des infirmières du Centre Hospitalier de Béthune, qui rendent compte de ce paradoxe troublant, où les professionnels n’ont plus les moyens de soigner correctement leurs patients et deviennent par la force des choses des maltraitants. Pour croiser ces parcours de femmes au travail, d’autres salariées issues de la blanchisserie RLD Nord d’Annequin proposeront leurs paroles et leurs témoignages. Ce groupe sera constitué en lien avec les permanences syndicales de conseil et de défense juridique aux salariées en difficulté face à leurs employeurs (Maison des Syndicats de Béthune).

Un groupe de femmes sans emploi, percevant les minima sociaux (API, RMI...), qui habitent la ville de Lens et d’autres villes de la CALL (Avion, Méricourt, Liévin...). Des partenariats avec les structures ressources de Lens sont en cours, comme avec le CCAS, le centre social Alexandre Dumas, et les associations. Ce collectif de femmes va être constitué avec l’aide du CIDF d’Arras (Centre d’Information des Droits des Femmes) et l’association intermédiaire Relais Travail, qui travaille de manière concertée avec l’association Droit au Travail.

Une création fondée sur le travail d’entretien et les résidences artistiques

La forme finale de la restitution du projet n’est pas encore définie, elle évolue en fonction de l’avancement du projet. Nous pensons à une édition, un affichage public et/ou une petite forme de théâtre reprenant les travaux, productions et créations des intervenants.

> 1ère étape : une série de rencontres entre la sociologue Stéphanie PRYEN et les femmes des différents groupes.
Ce travail d’entretien et de dialogue devrait permettre d’appréhender de façon juste la manière dont ces femmes se représentent leur place dans le monde du travail et leurs rapports au travail lui-même. En se fondant sur les entretiens, la sociologue va produire des récits qui combinent des vécus subjectifs, des interrogations collectives et des mécanismes macro liés à la situation actuelle des femmes dans notre société. Cette phase du projet sera également articulée avec les autres types d’interventions, puisque le travail mené par la sociologue s’apparente à de la recherche-action. Son implication dans le projet influe ainsi sur les créations artistiques, les diffusions et les rencontres envisagées.
> 2ème étape : adossé aux entretiens, une résidence de création par le graphiste Gérard Paris Clavel et la photographe Marie-Noëlle Boutin.
Ce travail va se baser sur des rencontres et des échanges avec les trois groupes de femme afin de co-produire avec elles les signes, les images, la photographie, les codes et les mots de la condition des femmes au travail. L’idée consiste, au moyen de propositions graphiques et photographiques, à produire des représentations de la place accordée à la femme aujourd’hui dans le monde du travail, son rôle et les assignations induites dans les modèles d’organisation du travail.

La création imaginée dans ce projet mêlera intimement la contribution des trois acteurs impliqués dans l’aventure : la sociologue, le graphiste et la photographe. Leur positionnement est bien identifié, mais leur travail ira nourrir celui des autres. C’est cette dialectique féconde qui peut produire du sens, de la complémentarité et de l’altérité.

Le travail photographique de Marie-Noëlle Boutin s’inscrit dans une relation directe et profonde avec la personne photographiée. A partir d’une connaissance et d’une reconnaissance mutuelle (et après de nombreuses rencontres), la photographe va travailler des scènes de vie, en explorant le rapport que les femmes entretiennent avec leur travail, ou pour certaines d’entre elles l’absence de travail. Il s’agit ici de re-créer des représentations des femmes face au monde du travail dans des dimensions larges (vie familiale, vie privée, temps sociaux...).

Gérard Paris-Clavel exerce une pratique politique de l’art, son graphisme se situe dans un rapport social de production. En travaillant avec les collectifs de femmes, Paris-Clavel va chercher à exprimer un graphisme au sein des expériences de vie réelles de ces femmes. Empreint de leurs cultures, il va façonner un travail qui participe à la transformation sociale.

Programme de diffusions artistiques

Nous souhaitons proposer des soirées de rencontre publiques autour de la thématique des femmes au travail en programmant des projections de films documentaires ou de fiction, des lectures, du slam, du théâtre, etc) suivies de rencontres/débats, et ce dans plusieurs villes de l’agglomération de l’Artois -ArtoisComm- (Béthune, Bruay-La-Buissière...) et de la CommunAupole de Lens-Liévin -CALL- (Lens, Liévin, Méricourt, Avion, etc.). Cette forme d’action permet de partager les enjeux du projet avec une population plus large (au delà des collectifs qui y contribuent directement), elle alimente également le projet lui-même. Elle permet aussi d’inviter des chercheurs (économistes, sociologues, philosophes...) afin de mobiliser leurs points de vue sur les les questions soulevées par les oeuvres et pouvoir alimenter le dialogue avec la population.

Création d’un journal d’information sur le projet

Nous avons l’intention de réaliser un journal d’information sur la construction du projet et son contenu. Ce journal est un outil de dialogue, d’information et de partage, qui sera distribué en direction des personnes avec qui nous travaillons (collectifs de femmes, partenaires, institutionnels). Cette initiative vise d’une part à structurer la démarche de notre projet en interne, et d’autre part à mettre en visibilité le processus d’élaboration d’un projet culturel en prise avec une population et un territoire, notamment la complexité de cette démarche : les doutes, les échecs, les ajustements, les questions, les connexions, les réseaux et les partenaires, etc. Certaines rubriques seront ainsi dédiées à nos interlocuteurs et partenaires du projet.

Pour plus d’informations sur ce projet, n’hésitez pas à contacter Hélène Miquel, chargée de mission à l’association Travail et Culture : 64, boulevard de Strasbourg 59100 Roubaix 03,20,89,40,60 / hmiquel@travailetculture.org

www.travailetculture.org

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