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PICARD ETANCHEITE : La mixité ? Evidemment !

Pour l’entreprise Picard Etanchéité, nul besoin d’idéologie pour justifier la diversité de son personnel. Recruter des personnes différentes, ouvertes et innovantes est un facteur évident de dynamisme pour cette PME spécialisée dans l’étanchéité et qui emploie 29 personnes.

Madame Picard, PDG de la société, se refuse à aborder la mixité et l’égalité professionnelle comme un mot d’ordre ou comme un phénomène difficile. Nul besoin de vues de l’esprit ou de discours politique pour se convaincre des avantages de la mixité dans l’entreprise ; " c’est mon travail de chef d’entreprise de me concentrer sur l’innovation et donc de recruter des gens ouverts et innovants. La mixité, le brassage des mentalités et des origines est franchement un facteur de progrès pour l’entreprise. Les gens qui acceptent les différences sont plus ouverts intellectuellement et affectivement, ils seront donc aussi ouverts aux idées nouvelles de progression, d’innovation... En outre, il en ressort une espèce d’émulation et une atmosphère très agréable à vivre." L’entreprise Picard a embauché des femmes comme opératrices en commandes numériques ou comme magasinières certes, mais selon la PDG il n’y a là rien d’extraordinaire. Il se trouve que le monde de l’industrie a connu des mutations, notamment sur le plan technologique, qui encouragent de plus en plus de femmes à se proposer pour des postes occupés jusque là par des hommes. "Quand nous avons eu besoin de recruter des personnes compétentes en commandes numériques, nous avons eu du mal à les trouver car il y a une vraie carence dans ce domaine ; or, il s’avère que la SOFIP avec qui nous travaillons, forme depuis plusieurs années autant les hommes que les femmes à ces métiers. Ils nous ont donc envoyé 50 % d’hommes et 50 % de femmes à qui nous avons fait faire des essais. Au final, l’évaluation de leurs compétences par les techniciens nous a amenés à embaucher deux garçons et deux filles. Mais ce n’est pas tant le résultat d’une politique volontariste en la matière que l’expression de ce que les choses évoluent naturellement."

Un seul frein au recrutement : la contrainte physique

Aujourd’hui, l’atelier moulage est le seul service où les femmes ne sont pas représentées. D’abord parce que l’entreprise n’a jamais reçu de candidature de femme sur ces postes mais aussi parce que la contrainte physique y est assez lourde. "Mes seules limites au recrutement sont dans la contrainte physique, explique Mme Picard. Il est inutile de vouloir faire du social ou du protectionnisme à outrance jusqu’à mettre des personnes sur un poste pour lequel elles ne sont pas faites et sur lequel elles ne tiendront pas. Je trouve ridicule d’affirmer par principe que l’égalité existe physiquement. Certes tous les salariés ont des limites physiques, certes l’entraide doit toujours être encouragée mais il ne faut pas décréter une égalité artificielle en la matière qui dans les faits ne serait pas viable."

Veiller au respect entre salarié/es

Veiller à ce que les salariés se respectent et collaborent entre eux fait partie de la responsabilité du chef d’entreprise. Madame Picard a dû intervenir auprès des ouvriers pour éviter que le manque de respect ne se développe mais aussi pour les empêcher de surprotéger les femmes. Ainsi au moulage étaient affichées des images et des calendriers qui ne lui plaisaient pas du tout. A ses remarques sur le sujet, les ouvriers lui répondaient : "cela fait partie de la culture du métier" mais Madame Picard a fini par affirmer sa position de directrice et elle a fait enlever les affiches. D’autres fois, elle a surpris plusieurs grossièretés. Elle a convoqué les ouvriers dans son bureau et a commencé à leur parler de la même façon. Cela les a choqués : "Madame Picard, vous ne pouvez pas parler comme ça !" Et elle de répondre : "Mais c’est ce que j’entends tous les jours !" La tactique a fonctionné, les choses se sont calmées.

Eviter que les hommes surprotègent les femmes

Après le recrutement d’une magasinière, Madame Picard constate que ses collègues la surprotégent. Ils la dispensent de tâches qu’ils considèrent trop difficiles pour elle comme conduire le camion par exemple. Or ce travail fait partie de son poste. Si elle ne peut pas prendre le camion et livrer un client, c’est qu’elle n’est pas à sa place, leur explique Madame Picard. "Il n’y a aucune raison pour que des femmes soient déchargées de tâches qu’elles peuvent tout à fait assurer. Les hommes n’ont pas à manquer de respect aux femmes mais les femmes n’ont pas à demander de l’aide aux hommes pour des choses basiques ni à se placer en situation d’infériorité ou accepter qu’on ne leur parle pas correctement. Toutefois, ce genre de problème peut tout à fait se poser dans des équipes exclusivement masculines avec le racisme par exemple. L’enjeu, c’est de savoir ce qu’un chef d’entreprise accepte ou n’accepte pas. Et il faut dans tous les cas, un minimum de souplesse."

Histoire d’un recrutement original

"Nous avions besoin de recruter un/e ingénieur/e et un/e technicien/ne. Nous avons commencé par le recrutement d’un/e ingénieur/e. La présélection s’est faite sur des critères très précis et notamment la maîtrise de notre logiciel de dessin. Il fallait également un diplôme d’ingénieur et nous avions l’intention de privilégier des personnes jeunes ou des débutant/es. Quatre personnes furent retenues et convoquées pour un entretien : une femme et trois hommes. Le premier entretien a eu lieu avec mon collaborateur et moi. Nous avions listé les qualités que nous jugions indispensables et les critères rédhibitoires. Nous avons ainsi écarté un candidat et les trois restants ont passé un essai pratique avec les techniciens sur le logiciel que nous utilisons. L’avis des techniciens était fondamental. A l’issue de ces essais, un homme a été écarté parce qu’il ne maîtrisait pas suffisamment le logiciel et deux candidats sont restés : un homme et une femme. Ils ont passé un très gros entretien en présence des techniciens, de mon collaborateur et de moi même. (Chez nous, le personnel en place est toujours partie prenante du recrutement). Une très longue discussion s’en est suivie. Or, tous les deux, avec des profils différents, étaient bons. Nous avons établi des plus et des moins pour essayer de les départager ...et un moment mes techniciens abordent la question de la maternité. Et si elle tombe enceinte ? Je n’ai pas eu à souffler la réponse. Ils étaient concentrés sur le profil de compétences et ont eux-mêmes décidé : on ne va tout de même pas se priver de ses talents parce qu’il est possible qu’elle ait un bébé un jour ! La discussion s’est concentrée sur les compétences et finalement nous avons embauché les deux. Nous avons repensé notre organisation avec un pôle technique concentré sur la production et un autre pôle tout aussi technique mais plus commercial. Ils ont commencé au même salaire et resteront au même salaire. Si nous avons embauché les deux, ce n’était pas pour avoir un homme et une femme mais parce que l’entreprise avait beaucoup à gagner en les intégrant. Et nous n’aurions de toute façon pas écarté la candidature de Sandra au profit de Mamoud sous prétexte qu’elle pouvait être enceinte : si nous n’avions pas pu financer les deux postes, c’est elle qui aurait été retenue car l’entreprise avait avant tout besoin de son profil."

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